Sollicitée par le Gouvernement de la République de Guinée et l’Agence de Promotion des Investissements Privés (APIP), et appuyée par leurs partenaires, la stratégie de développement du secteur privé guinéen (SDSP) a le potentiel de transformer durablement le pays.
D’ici 2020, la SDSP peut créer 10 000 emplois, atteindre 60% d’entreprises formelles et faciliter l’émergence de 5 champions nationaux. Pour y parvenir, la SDSP requiert un investissement estimé à 135,8 milliards de GNF sur 5 ans avec la mise en œuvre de 15 programmes stratégiques.
La stratégie de développement du secteur privé prend place à un moment clé pour la Guinée. Le pays a surmonté Ebola ; le Président Alpha Condé a conforté son leadership et il a donné au Gouvernement, mené par un Premier ministre doté d’une grande expérience du monde de l’entreprise, un mandat clair pour faire du secteur privé un vecteur clé de croissance.
En outre, depuis 2011, le pays s’est engagé dans une profonde voie de réforme, offrant aux ressources de la Guinée un cadre favorable à leur développement dans des secteurs prioritaires. Enfin, le climat des affaires a été renforcé avec des réformes majeures dont la création de l’APIP.
Enfin, le moment est clé car les partenaires et les investisseurs sont plus que jamais mobilisés pour accompagner la croissance du pays. La population est en grande attente de changements, à l’instar des entreprises, qui sont optimistes sur les perspectives de la Guinée. Cette conjonction de facteurs justifie l’impératif et l’opportunité de mettre en œuvre la SDSP maintenant.
La SDSP s’inscrit dans ce contexte et sur la base des données issues de l’enquéte, de leur analyse et des échanges avec les parties prenantes. Elle propose ainsi un plan d’action structuré en 5 priorités pour libérer le potentiel du secteur privé guinéen :
- Accroi?tre la contribution du secteur privé au PIB car prés de 90% des entreprises aujourd’hui sont des entreprises individuelles et informelles1 ;
- Construire un tissu d’entrepreneurs nationaux afin de résoudre l’écart entre le besoin majeur en formation (81% des entreprises souhaitent recevoir une formation) et l’accés (75% des entreprises ne connaissent pas de structure d’assistance technique) ;
- Densifier et diversifier l’offre de capital pour ainsi supprimer le premier obstacle à la croissance des entreprises (pour plus de 65% d’entre elles) en accroissant le financement au secteur privé qui est actuellement limité (3 banques détenant 60% des ressources) ;
- Construire des chai?nes de valeurs compétitives, afin de développer la valeur ajoutée locale actuellement restreinte (le panier d’exportation est composé à 77% de ressources minérales) et faciliter le climat des affaires pour les grandes entreprises (qui entrave particuliérement les entreprises au chiffre d’affaires de plus de 400M de GNF);
- Disposer d’institutions privées renforcées et structurées afin de résoudre les difficultés de communication des mesures clés (68% des entreprises ne connaissent pas l’APIP à Conakry, 77% dans les autres villes) et de dispersion.
Or, la SDSP survient à un moment critique et doit surmonter des enjeux majeurs. Ce contexte de cristallisation des attentes est crucial : la dynamique en cours est à saisir pour ne pas décevoir les espoirs exprimés. La SDSP doit étre ambitieuse pour faire éclore le potentiel de la Guinée.
De plus, cette stratégie fait face à de réels défis. Ebola a accru des difficultés structurelles. Ce sont ces problématiques que les entreprises ont exprimées dans le questionnaire qui leur a été soumis, identifiant 5 contraintes majeures à leur développement :
- L’informalité caractérise un grand nombre d’entreprises, sans distinction de taille ;
- L’accés au financement est le premier obstacle à la croissance des entreprises ;
- Le manque de capacité est trés important tandis que l’offre en formation est restreinte ;
- L’environnement des affaires est trop peu favorable à la compétitivité ;
- La communication sur les réformes et la structuration des acteurs majeurs sont critiques.
Le diagnostic issu de l’enquéte offre un portrait robot d’une entreprise guinéenne. Réalisée dans six villes du pays l’enquéte souligne que les entreprises sont surtout des micro-entreprises (70% ont moins de 65M de GNF), informelles (prés de 90% de l’échantillon total), surreprésentées dans le secteur du commerce et des services (28 et 22% respectivement).
La cartographie dresse le profil type d’un entrepreneur masculin (87% de l’échantillon total), jeune (55% de l’échantillon a moins de 39 ans) et éduqué (57% ont au moins le baccalauréat). Ils dirigent seuls leur entreprise (plus de 80% de dirigeants uniques) et sont trés peu outillés en matiére de gestion (60% ne disposent d’aucun outil comptable).
Alors que seules 27% des entreprises estiment que le gouvernement et le secteur privé ont une compréhension commune de leurs besoins, la présente stratégie de développement du secteur privé (SDSP) s’efforce de se baser sur ces données récoltées auprés de 853 entreprises pour dresser un diagnostic et construire une feuille de route.
Dés lors, 15 programmes relevant de 5 piliers sont proposés, pour répondre à chacune des problématiques identifiées et visant à la fois les micro entreprises, les PME et les grandes entreprises. C’est un cadre clair, offrant des solutions spécifiques à la réalité et aux potentialités guinéennes et selon une approche concréte, séquencée et budgétisée (détail en annexes). Spécifiquement, pour chaque défi, il s’agit de :
- Formalisation : passer d’un taux d’entreprises informelles de prés de 90% à 40% ;
- Compétitivité : augmenter les exportations de 25% ;
- Accés au financement : passer de 9,76% à 20% de financement du secteur privé au PIB ;
- Renforcement des capacités : incuber 250 startups ;
- Cadre d’exécution: positionner l’APIP comme un acteur central en passant de 27% d’entreprises qui connaissent l'APIP à 55% en 2016.
Piliers | Programmes | Budget 2016-2020 (M de GNF |
Informalité - Accroi?tre la contribution du secteur privé au PIB | • Sensibiliser – Caravane de la formalisation : Lancer une campagne nationale de mobilisation à la formalisation | 2 545 |
• Encadrer - Clarification fiscale : Renforcer et clarifier le cadre légal et fiscal des PME et des grandes entreprises | 3 206 | |
• Inciter - Conférence de l’investissement : Organiser une conférence conditionnant l’investissement à la formalisation | 4 300 | |
Compétitivité - Construire des chai?nes de valeurs compétitives | • Cibler - Ciblage d’investisseurs : Etablir une structure de ciblage d’investisseurs dans un cadre de contenu local | 14 476 |
• Investir - Entreprises piliers : Investir dans des grandes entreprises agricoles structurantes pour l’économie locale | 16 320 | |
• Intégrer - Secteurs prioritaires : Identifier des secteurs prioritaires intégrant les PME au sein de chai?nes de valeur | 5 068 | |
Accés au financement - Densifier et diversifier l’offre de capital | • Inclure - Campagne d’éducation financiére : Mettre en place un programme d’inclusion financiére ciblant les zones rurales | 5 817 |
• Informer - « Where is the money » : Cartographier et faire connai?tre les sources de financement ciblant les PME | 9 619 | |
• Diversifier - Financements alternatifs : Opérationnaliser les offres en fonds de garantie et de crédit bail existantes | 11 009 | |
Manque de capacités - Construire un tissu solide d’entrepreneurs nationaux | • Former - Réseau national d’assistance technique : Créer des réseaux de services de conseil certifiés aux entreprises | 23 556 |
• Incuber - Start up Guinée : Concevoir et mettre en place un programme d’incubation | 5 721 | |
• Stimuler - Concours entrepreneuriaux : Organiser des concours pour identifier des talents entrepreneuriaux | 7 833 | |
Cadre d’exécution - Disposer d’institutions privées renforcées | • Structurer - Institutions du secteur privé : Favoriser la structuration des acteurs clés du secteur privé | 10 321 |
• Exécuter – Unité Spéciale d’implémentation de Projets : Superviser la mise en œuvre via une unité spéciale de l’APIP | 8 584 | |
• Communiquer – Informer : Fournir un effort de communication sur les actions entreprises | 8 728 | |
• Total | 135 767 |
Pour réussir, la SDSP repose sur 5 facteurs clés de succés :
Inscrire la SDSP dans une forte et constante volonté politique : la SDSP doit étre portée tout au long de sa mise en œuvre par un appui du plus haut niveau de l’exécutif ;
2) Disposer d’un solide investissement : d’ici 2020, les 15 programmes de la SDSP nécessitent un investissement de 135,8 milliards de GNF pour aboutir ;
3) Garantir l’appropriation et les capacités des parties prenantes: les capacités des mai?tres d’œuvre sont à renforcer d’un bout à l’autre de la chai?ne pour favoriser l’appropriation et la mise en œuvre effective de la SDSP ;
4) Mettre la communication au cœur du processus : c’est un enjeu crucial et transversal pour faciliter le changement ;
5) Structurer les programmes par une approche « pilote » : pour de nombreux programmes, le projet est testé dans un site avant son extension, en le révisant sur la base des lec?ons tirées.
Le Gouvernement de Guinée n’est pas seul face à cette ambitieuse feuille de route. La SDSP mobilise l’expérience d’acteurs clés pour chaque programme. Chaque programme est basé sur un diagnostic des outils déjà en place et sur lesquels la SDSP peut capitaliser. C’est pourquoi des partenaires stratégiques sont spécifiquement identifiés.
C’est dans cette mesure que le succés de la SDSP dépend in fine de son cadre d’exécution. Les partenaires de développement et les institutions guinéennes, et en particulier l’APIP, ont un ro?le décisif à jouer. Le renforcement des capacités des acteurs nationaux est critique dans ce défi.
La Guinée dispose aujourd’hui d’importants atouts pour faire de cette feuille de route une victoire concréte et partagée. Pour réussir à faire passer le potentiel de la Guinée en prospérité durable, le leadership de l’exécutif sera capital.